Les séminaires 2016 de Tunis et Paris

En organisant deux séminaires travail à Tunis et à Paris en octobre 2016, les membres du CEDITER poursuivaient plusieurs objectifs, allant de l’amélioration de leur connaissance réciproque à la structuration de leur démarche de travail collaboratif en passant par la prise de contact avec les réalités territoriales tunisiennes telles que les acteurs économiques locaux les vivent.

Les deux axes de réflexion abordés sont ceux qui ont été retenus comme base de partage lors des rencontres du printemps prochain ( ) :

  • Les nouvelles identités territoriales,
  • Connaissance, innovation et développement économique territorial

Les premiers travaux ont eu pour objet de clarifier les concepts. En effet, pour travailler ensemble il faut un langage commun, dépasser les querelles disciplinaires et s’inscrire réellement dans un cadre pluriculturel (national et professionnel). Il convient également de décomposer chaque thème en un certain nombre de sujets qui soient ensuite l’objet soit de recherches communes, soit d’enquêtes de terrain.

Méthodologiquement, ces travaux de réflexion et d’échanges avaient été organisés en trois temps, qui pouvaient être confondus : expression des contenus possibles des termes « identité » et innovation » (voire d’autres éléments structurants de langage si nécessaire), identification des finalités connues de « l’identité territoriale » et de « l’innovation », détermination des problématiques à éclairer.

Parmi les exemples de la pertinence de notre démarche systémique et pluridisciplinaire, nous pouvons faire ressortir le constat partagé de l’importance du rôle des boucles de rétroactions entre identité & territoire ou innovation & territoire.

Les notes d’étapes rapportées ci-après reprennent la « production » des deux séminaires. Elles constituent également l’un des supports du contenu du texte de présentation des rencontres du printemps 2018, évoqué plus haut.

1er atelier : « les nouvelles identités territoriales »

En synthèse, les réflexions ont fait ressortir les propositions et interrogations suivantes :

1 – Le terme d’« identité territoriale » semble difficile à définir par lui-même de façon univoque. Il apparaît en interrelation avec l’identité individuelle et l’identité collective ressentie ou exprimée par chaque acteur du territoire. Il y a donc nécessité de préciser ces différents termes,

2 – L’identité est fréquemment établie par opposition ou différenciation et non pas dans l’absolu et peut être révélée par une intrusion extérieure. Par ailleurs, chaque individu ou chaque collectif se meut dans une multi-scalarité ou  dans une multi-appartenance qui complexifient la construction ou l’appropriation d’une identité territoriale. La construction de l’identité d’un territoire se fonde-t-elle à partir du triptyque individu-groupe-territoire ? Quelle est l’incidence de la multi-scalarité ?

3 – L’identité doit-elle se construire dans la diversité (temporelle, spatiale, sociale) et peut-elle être évolutive ? Le caractère non abouti du territoire, la différence entre territoire hérité (donné) et territoire construit (nouveau) a-t-elle une influence sur la représentation de son identité par le territoire ?

4 – Entre identité classique et nouvelle identité, quelle métamorphose du territoire ?

5 – Y a-t-il différentes approches de construction d’une identité territoriale selon la taille et la forme (physique, virtuelle, nucléaire, atomisée) ? Y a-t-il corrélativement ou parallèlement une hiérarchie nécessaire, souhaitable ou à écarter entre les différentes échelles ou natures de territoires ?

6 – L’identité est-elle nécessaire à un territoire pour qu’il ait un sens ? Quelle doit être la dimension cognitive, symbolique, voire mythique, de l’identité d’un territoire ? Quelle nécessité pour un territoire d’une identité dans le cadre de sa communication publique ?

7 – Quelles interactions entre l’identité du territoire, les acteurs de pouvoir et la gouvernance de celui-ci (accaparement, appropriation, orientation, co-construction, conflits,…) ? Corrélativement, il devient indispensable d’interroger le concept de gouvernance. Cette interrogation pose également indirectement la question de l’opposition éventuelle entre subsidiarité et gouvernance multi-scalaire

8 – L’identification, la mobilisation et la valorisation de ses ressources y compris informationnelles par un territoire sont légitimes Quelle influence et quelle réflexivité entre cet ensemble de ressources et son identité ? Quelle attractivité ou quelle contrainte pour le tissu économique ?

9 – Y a-t-il une relation entre l’identité d’un territoire et ses stratégies de développement ? De même, y a-t-il une relation entre l’identité et la stratégie des acteurs ? En particulier, l’identité n’est-elle qu’une ruse du pouvoir pour assurer sa domination ?

2ème  atelier : « innovation et territoire »

Diverses propositions et interrogations ont émergé des débats :

1 – Quelles sont les définitions possibles de l’innovation (Schumpeter, innovation  processus ou innovation résultat, distinction entre invention, innovation, usage de celle-ci) ? Peut-on raisonner indifféremment selon la définition retenue ?  La nature différente de l’innovation, selon qu’elle est matérielle ou immatérielle, a-t-elle un impact sur le territoire ?

2 – Comment établir les liens entre innovation et croissance économique du territoire dans lequel nait l’innovation ? En effet, l’histoire montre qu’il n’y a pas de lien évident entre innovation et développement économique (ni même croissance économique) du territoire.

3 – Quelles formes d’évaluation des politiques d’innovation des territoires ? Quelles sont les conditions plus précises ou plus complètes de réussite d’une innovation ? A quelles conclusions ou constats peuvent mener les analyses des erreurs du passé ?

4 – Quels sont les objectifs et finalités d’un territoire par rapport à l’innovation ? Y a-t-il une vision stratégique et si oui laquelle : est-ce un choix ou une contrainte qui s’impose au territoire ?

5 – L’innovation étant une forme de rupture ou de désobéissance par rapport à l’ordre établi (qu’il soit économique ou social), elle induit une déviation par rapport au droit commun en termes d’accès aux marchés ou aux usages, de règle de concurrence, …. Elle peut également remettre en cause des hiérarchies d’acteurs ou des positions de pouvoir. Dans ce cadre, quel doit ou peut être le rôle des acteurs de pouvoir par rapport à elle, en particulier sur le plan éthique ? Le territoire intervient-il pour fixer les règles ou les modalités de développement ou d’adoption de l’innovation ?

 

Par ailleurs, comme mentionné dans l’introduction, lors du séminaire de Tunis, diverses visites et rencontres de « terrain » ont été organisées avec :

  • L’Institut des Hautes Etudes Commerciales (IHEC),
  • TFCE group, entreprise du secteur textile,
  • INTILAQ, hub technologique intégré qui offre des services techniques (incubateur, accompagnement technologique et formation au management) et financiers aux start-up et PME innovantes,
  • L’Ecole nationale d’Administration,
  • L’Institut Arabe des Chefs d’Entreprise.